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Lima, 28 février – 1er mars

Laura s’est envolée de l’aéroport de Lima le 27 février dans la soirée. Retour en Angleterre, au froid, à l’Europe, au travail, à toutes ces choses auxquelles nous avions réussi à échapper…
C’est donc à Lima que mon voyage en solo débute. En ce soir du 27 février. Les touts premiers moments furent immédiatement différents. Une longue conversation avec le chauffeur de taxi qui me conduit de l’aéroport à l’hôtel. La route ne prend qu’une demi-heure, mais nous parlons pendant plus de deux heures… Une riche conversation. J’apprends, j’écoute et j’échange. De simples mots. Le Pérou, sa fierté, son amour pour son pays et sa diversité. Dès les premières minutes, mon voyage prend une nouvelle perspective.
Il y aura des moments difficiles, j’en suis conscient, des moments de solitude. Laura signifiait beaucoup pour moi et partager ce voyage avec elle aussi. Mais après cinq mois d’aventures et de partage, je continue seul.
Le taxi me dépose donc à l’hôtel ou je reste deux nuits supplémentaires, à cogiter un peu et planifier le reste de mon périple.

Je passe ma dernière soirée à Lima avec quelques membres de l’hôtel. Nous buvons un ou deux verres et faisons connaissance. Ils me parlent aussi de leur pays, de Cuzco, leur ville d’origine, des restes de la culture Inca dont ils sont les fiers héritiers.
Je me rends compte rapidement que mon voyage ‘en solo’ ne sera pas si solo que ça, mais presque par nécessité, il sera fait d’encore plus de rencontres et de partage. Et c’est exactement de cela dont j’avais besoin…

Avant de quitter Lima, je décide donc de m’inscrire sur un site internet auquel je faisais déjà partie durant mon année en Pologne : www.couchsurfing.com . Non il ne s’agit pas d’un site de rencontres amoureuses… Mais d’une organisation qui réunit des personnes du monde entier qui acceptent de mettre à disposition leur canapé (couch) aux voyageurs qui passent par leur ville, et réciproquement.
C’est ainsi que je commence à prendre contact avec des personnes de Caracas, ma prochaine destination.
Retour donc à l’aéroport de Lima le 2 février.
J’ai déjà reçu quelques réponses à ma recherche de canapé, mais toutes négatives (dernière minute j’imagine…). De nombreuses personnes sont néanmoins prêtes à me rencontrer et me montrer leur ville de l’intérieur.

J’atterris à Caracas dans la soirée. Luis, chauffeur de taxi, m’y attend. C’est un ami de Luz que j’avais rencontrée trois ans auparavant, lors de ma première visite à Caracas. Nous nous dirigeons vers le quartier de Sabana Grande et il me dépose à  l’hôtel Cristal… Le quartier est réputé dangereux la nuit, et il fait nuit… Je ne sors donc pas cette nuit-la, et me repose dans cet hôtel aux draps un peu sales… J’allume la télé et m’endors assez rapidement avec à l’esprit la volonté de chercher un autre endroit dès que possible le lendemain matin…
Je me réveille assez tôt et rencontre Luis une nouvelle fois. Il me conduit à l’Ateneo Popular, une sorte d’auberge de jeunesse, près de l’université. Les chambres sont des dortoirs, mais l’endroit est propre et ne me coûtera que 25 bolivars par nuit (5 dollars). J’y dépose donc mes affaires et réserve un lit avant de remonter en voiture, direction Casa de Bolsa. Au Venezuela, le taux de change officiel est plus bas qu’au marché noir. Luis me conduit donc a cet endroit aux allures officielles, mais néanmoins totalement illégal pour que je change mes dollars en bolivars, la monnaie locale. Dans ce bureau presque nu de meubles et de décoration, la transaction fut simple et rapide. Nous nous serrons la main et j’en sors avec plus de 2000 bolivars. Si je m’étais rendu à la banque, je n’aurais obtenu que 800 bolivars de mes 400 dollars !

Luis me redépose à Sabana Grande et j’explore les nombreuses et longues rues marchandes. Je m’arrête quelques minutes et bouquine, en regardant la vie et les gens passer, paisiblement… Quelques heures plus tard, je retourne à l’Ateneo où je fais connaissance de mes compagnons de chambre : Christian, jeune dessinateur colombien ainsi que deux allemands.
Le lendemain, je rencontre Andreina et Anais à l’Université UCV. Nous avions pris contact via Couchsurfing. Il pleut des cordes ce jour-la et elles me font visiter l’université. Nous faisons connaissance, partageons un café en parlant du Venezuela, de la culture, de la vie étudiante etc… Je ne fais pas grand-chose d’autre du reste de ma journée, mais ce fut un plaisir de rencontrer ces personnes et une nouvelle fois de partager et d’échanger.
Ce soir-la, j’ai rendez-vous avec Chechi, de Pernod-Ricard, que j’avais rencontrée via Wyborowa quelques années auparavant et avec qui j’étais resté en contact. Je participe à un match de football avec toute l’équipe de Pernod-Ricard. Un match long… très long… sans mi-temps et d’une durée de deux heures ! Mes jambes en souffriront pendant les trois jours suivants… Après le match, Chechi m’invite avec quelques autres dans une Areperia (restaurant d’arepas, la spécialité locale : sorte de sandwich de pain de mais rond et plat) où je descends deux litres d’eau en trente secondes !

Le lendemain, retour à l’école ! Cette fois à l’Université Santa Maria où je me rends en compagnie de Luz, que je n’avais pas vue depuis trois ans. Nous nous racontons ces trois dernières années et je l’invite à déjeuner puis elle me raccompagne à l’Ateneo. Elle part en Australie le lendemain ; nous nous reverrons donc à son retour sans trois semaines.

Je fais connaissance de Zuyi le lendemain. Elle aussi membre de Couchsurfing, je la rencontre devant El Banco de Venezuela, où elle travaille, dans le centre de Caracas. Elle n’a qu’une heure et demie de pause, mais nous prenons le temps de visiter la Casa Natal, où le ‘Libertador’ Simon Bolivar est né, ainsi que la Plaza Bolivar et le Museo Bolivariano.
Je me rends ensuite au Parque Central en métro. Caracas est une ville plutôt chaotique et embouteillée, mais son système de métro est moderne et propre. Ça me rappelle ma vie parisienne… les cols blanc qui se rendent à leurs bureaux… les heures de pointe…. Etc.
Arrivé au Parque Central, je m’assois une petite vingtaine de minutes pour bouquiner et m’imprégner d’un peu de soleil. Puis je visite le Museo de Artes Contemporaños. Je n’ai qu’une heure car le musée ferme ses portes à 17h, mais c’est suffisant pour admirer une impressionnante exposition de photographies de portraits. Les visages d’indiens, de péruviens et de différentes tribus amazoniennes se succèdent, accompagnés de légendes et d’histoires…
Je retourne ensuite à Sabana Grande où j’achète une bouteille d’un litre de lait de coco et je m’assois sur un banc en observant la vie urbaine se dérouler. À un coin de rue, un magasin de musique montre sur un écran plasma un clip de Michael Jackson. Une trentaine de personnes se regroupent et fixent l’écran avec admiration. Je joins la masse quelques minutes avant de me promener dans les rues du quartier dont les trottoirs sont parsemés de marchands de sandwichs et de femmes vendant des appels téléphoniques, comme en Colombie… J’erre là quelques heures puis me dirige vers l’Ateneo à pied… Trop de monde dans le métro, c’est vendredi soir…
En compagnie de Christian, mon compagnon de chambre colombien, j’achète quelques bieres et nous nous asseyons par terre, sur la terrasse de l’Ateneo. Nous nous racontons nos vies, nos projets, nos envies. Et très vite, le temps passe. Il est trois heures du matin et mon nouvel ami et moi nous couchons un peu moins sobres que nous l’étions…


Samedi, le lendemain, je rencontre Katiuska (alias Super Katty), de Couchsurfing, vers midi. Elle me guide pour un après-midi riche culturellement : la cathédrale, le Capitolio Nacional, le fantastique Museo de Bellas Artes et finalement le Museo de las Ciencias. Katty parle parfaitement anglais et connais l’histoire de son pays sur le bout des doigts. Nous faisons connaissance, nous asseyons quelques minutes en écoutant un groupe de salsa jouant près du Panthéon. Et elle me fait découvrir les délices culinaires locaux, abordables a chaque coin de rue… D’abord la ‘chicha’, une boisson à base de lait et de crème, de cannelle et d’autres ingrédients doux et sucrés. Puis le ‘pepito’, un énorme sandwich presque impossible a manger d’un trait (il me servira de déjeuner et de dîner) à base de différentes viandes et sauces, fromages, œufs, jambon, avocat et pommes de terre…. J’oublie certainement quelques ingrédients ! Il y en avait tellement… Je goutte également au ‘malta’, une sorte de bière brune non alcoolisée…
Après cette journée culturelle et gastronomique, nos jambes lourdes nous mènent à l’appartement de Marisol, jeune boulangère mexicaine, qui organise ce soir-la une fête réunissant une quinzaine de membres de Couchsurfing.
J’y rencontre des personnes ouvertes et amicales, généreuses et intéressantes, et après une bonne assiette de spaghettis et le reste de mon pepito, je tente quelques pas de salsa. J’ai amené avec moi mon shaker et le reste de mon équipement ; je partage donc avec mes nouveaux amis ma passion pour les cocktails. Ce fut une excellente soirée, remplie de rires, de plaisanterie, de musique et de nouvelles rencontres. Vers cinq heures du matin, je m’allonge sur le sol pour une courte heure de sommeil. Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait la fête comme ça…
À six heures, je saute dans un des premiers métros (réminiscence parisienne, une fois de plus…) en compagnie de Jose. Une heure plus tard, Julio et Ingrid (amis de Pernod-Ricard) viennent me chercher à l’Ateneo. Je mets ma brosse à dents et mon dentifrice rapidement dans mon sac, enfile un short, des tongues et des lunettes de soleil. Direction la plage !
Les paysages se succèdent. Le long de l’autoroute, les ‘barrios’, quartiers pauvres de la banlieue de la capitale. Maisons de briques et toits de taule superposés les uns sur les autres… Puis la côte. Et au fur et à mesure que nous nous éloignons de la ville, le soleil disparaît, laissant la place aux nuages et à la pluie. Notre journée à la plage semble être compromise et Ingrid a du mal à rester positive. En 1999, un désastre s’abattait sur la région, détruisant des villages entiers et tuant de nombreuses familles : el desastro. Le climat n’est pas de notre cote, mais les paysages n’en tarissent pas de beauté. De fortes vagues s’abattent violemment sur les rochers.
Finalement nous décidons de faire demi-tour et de nous arrêter sur une plage moins éloignée et moins trempée. Nous tentons d’ignorer le froid et la pluie et nous asseyons sous une structure de bois de feuilles de palmier pour nous abriter de la pluie qui tombe encore. Petit à petit la plage se remplit et la pluie s’arrête. Quelques coffres de voitures restent ouverts et la salsa bat son plein. De petits bikinis se promènent, nous ouvrons quelques bières…
Je m’endors une demi-heure. La journée s’améliore de minute en minute et le climat aussi. Nous discutons longuement avec Julio, de nos projets, de notre amitié restée forte depuis trois ans. Je suis heureux d’être la et me surprends à répéter plusieurs fois « c’est ça la vie » !
Vers 18h, quelques couples commencent à effectuer quelques pas de salsa sur la plage alors que nous nous préparons a partir. Un autre pepito énorme et quelques kilomètres de route et me voilà enfin en position horizontale pour une longue nuit de sommeil très attendue. Ainsi s’achevèrent mes premiers jours à Caracas….


Je passe la majorité de mon temps avec Alejandra durant les jours qui suivent. Je l’avais rencontrée à la fête de Marisol et je partage avec elle sa vie estudiantine. Elle me présente à ses nombreux amis et je prends progressivement goût à la vie de la capitale, oubliant son côté dangereux. Dans sa petite Fiat rouge, Alejandra me conduit d’une rencontre à une autre et d’une découverte culinaire à une autre : le jus de guanabana, la cachapa, les empanadas... Nous faisons un pacte : un jour sur deux nous parlerons anglais et l’autre espagnol.
Ces jours passent à une vitesse surprenante et le jeudi matin, nous décidons de nous rendre dans la région de Falcon, à Chichiriviche, sur la côte caribéenne. En compagnie de Carmelo et Reinaldo, nous y passerons trois nuits. Journées relax à la plage, caisses de bières et bouteilles de rhum dans le coffre de la Fiat. Nous rejoignons d’autres amis à Cayo Vadarero où nous passons la journée du samedi. Cette soirée-là, Nahomy nous invite dans sa maison secondaire et nous prépare une série de shots ‘astronaute’ contenant vodka et jus de citron vert accompagnés de tranches de citron imprégnés de sucre en poudre d’un cote et de café de l’autre ! Miam miam !
Petit bain de minuit obligatoire dans sa piscine avant de rentrer dans la maison que nous louions pour une longue nuit de sommeil… Nous quittons Chichiriviche dans la matinée et retournons à Caracas.
Il n’y a plus de lits disponibles à l’Ateneo ; je passe donc la nuit chez Alejandra. Le lendemain matin, je m’achète enfin un appareil photo ! Il me coûte cher, mais je ne peux objectivement pas faire sans…
Je passe la nuit suivante chez Ruben, un ami d’Alejandra et fait connaissance de ses parents. Un couple un peu conservateur mais adorable qui m’accueillent chaleureusement et me posent une centaine de questions sur l’Europe, la France et Sarkozy qui semble être très célèbre ici… Mon budget s’épuise rapidement et je me rends compte qu’il va me falloir passer d’autres moments comme celui-ci. Ça fait un peu ‘j’irai dormir chez vous’ mais je vis la réalité des gens et les découvre entièrement. Les parents de Ruben me proposent de revenir le lendemain soir. Il ne s’agit que d’un petit matelas sur le sol d’une petite pièce de cinq mètres carrés, mais c’est propre, confortable et gratuit !


Alejandra m’aide à traduire mon CV en espagnol. Je pense essayer de travailler un peu ici, pour quelque temps, avant de prolonger mon voyage. Si je ne trouve pas d’emploi, je continuerai. Caracas est une ville qui me plait et je commence à me nouer d’amitié avec de nombreuses personnes. Mais c’est une ville chère. Apparemment la ville la plus chère d’Amérique du Sud !
Il s’agit donc pour moi d’une période de transition et d’indécision un peu aussi. Mais c’est ainsi que j’envisageais mon voyage à l’origine : si me prend l’envie de rester quelque part et que je le peux financièrement, je le ferai, tout simplement… Affaire à suivre donc…

Fin de ma troisième semaine à Caracas ! Je multiplie les contacts, sur un plan personnel comme professionnel. Le week-end dernier, je suis allé à Guatire, dans une région montagneuse à seulement une heure de la capitale et j’y ai passé deux jours en compagnie de couchsurfers. Nous avons passé la journée du samedi près d’une cascade et le long d’une rivière à seulement une demi-heure de marche de la maison de notre hôte, Magenta.
Elle et sa famille sont incroyablement sympathiques et accueillantes. La mère, Zully, nous prépare un énorme dîner de riz et poulet, façon paella vénézuélienne. Et nous passons la soirée à discuter autour de quelques bouteilles de rhum et d’une guitare. Je fais connaissance de Matias et Yamile, couple argentin, qui voyagent depuis un an en autostop et en chantant…
Je dors paisiblement dans mon hamac, dans le jardin de la maison…

De retour à Caracas le dimanche, nous nous rendons directement à Avila, le massif montagneux accoudé à la capitale. Nous embarquons en jeep jusqu’au sommet Galipan d’où nous regardons le soleil se coucher en dégustant du vin de framboise artisanal. La vue est spectaculaire, même si les nuages couvrent la ville. Nous redescendons en téléphérique et ainsi s’achève un week-end bien occupe.


Je passe les quelques jours suivants à chercher activement du travail. Je rencontre Pedro, membre d’une famille influente de Caracas, plein d’idées : un livre de recettes de cocktails à base d’ingrédients locaux, des fêtes privées… Tout ça paraît intéressant, mais reste à définir quand… Il m’arrange aussi une réunion improvisée avec Jose de l’Hôtel Marriott, qui me propose de travailler une fois par mois au bar de son établissement.
Je suis partage entre l’envie de me poser sur une plage tranquille et la nécessite de gagner de l’argent. Une chose est sûre : à l’heure qu’il est, je n’ai pas envie de commencer une carrière ni de porter un costume cravate dans cette ville chaude, chaotique et bruyante… Affaire à suivre une fois de plus… Je pense que malgré les amis que je me suis faits ici, je commence à me lasser du rythme rapide de la capitale, du métro bonde, de la queue et des immeubles…
Je vais tenter le coup au Marriott ce week-end. Si ça ne me plait pas, je pense filer…
25/03/2009

Je suis toujours à Caracas. Vendredi dernier j’ai pu enfin me retrouver aux manettes d’un bar, au Marriott. Je leur ai créé quelques cocktails la veille et la soirée fut un succès énorme. Reste qu’ils n’ont toujours rien de permanent à m’offrir… J’ai pu néanmoins rencontrer les gérants d’un autre hôtel Marriott, à La Guaira, près de la plage. Et j’ai pu aussi empocher un peu d’argent ! Pas grand-chose, mais c’est un début.
Je passe le week-end avec Karen, jeune et belle dentiste de 29 ans. Journée à la plage avec quelques bouteilles de bière le samedi. Et visite d’Hatillo, quartier aux allures européennes, le dimanche.
Karen me montre une autre facette du pays. Elle a quelques contacts dans des bars branchés de la ville et lentement, mon CV fait le tour de la capitale…

Il y a quelques jours, j’ai fait connaissance d’un jeune Canadien-Ivoirien d’origine libanaise et de passage au Venezuela. Je joue au guide touristique : visite de musées, plage etc… Nader est un mec cool, réservé et timide, mais sympathique et ça me fait du bien de parler un peu français…
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