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Arrivés à Pipa, nous trouvons une chambre ave vue sur mer dans une posada pour une trentaine de Reales. Pipa est une petite ville simple avec une grande rue pavée qui domine une plage séparée en deux : une partie calme avec quelques bateaux de pêche et une autre partie plus touristique parsemée de bars et de parasols. À marée haute, la plage plus touristique disparaît et avec elle, les touristes…
Vers l’est, une autre plage, Praia do Amor, est populaire auprès des surfers, et vers l’ouest, Bahia dos Golfinhos est le refuge de quelques familles de dauphins. En gros, Pipa regroupe tout ce dont nous avons besoin : du tourisme national et international, des plages magnifiques et une ambiance agréable. La grande rue principale est elle aussi séparée en deux : une partie touristique avec de nombreux magasins de vêtements, bikinis, souvenirs, bars et restaurants ; et une autre partie plus locale. La différence de prix d’une partie de la ville à l’autre est presque choquante.
Après deux jours d’exploration, nous décidons de louer une petite maison, propriété de Rose, gérante de la posada où nous avions tout d’abord débarqué.
Pour 250 Reales (100 euros) par mois, nous nous faisons progressivement un petit chez-nous dans cette maison presque terminée… La peinture et la terrasse restent à faire à l’extérieur. Il y a peu de meubles, mais suffisamment. Un grand matelas par terre en guise de lit. Une table et une chaise en plastique et une armoire dans la chambre pour nos vêtements. Pas de lavabo dans la salle de bain, nous nous laverons donc les dents dans la cuisine… Mais l’eau de la douche est chaude, nous nous faisons des petits plats succulents et j’apprends (sur le tas) à faire des pizzas et même du pain ! Laura prépare des confitures de fruits tropicaux que nous dégustons chaque matin au petit-déjeuner… Notre vie prend une tournure différente, plus lente… Je ne dirais pas que nous sentons pas de stress néanmoins. Nous vivons seulement grâce à nos ventes et il y a des jours avec et des jours sans. Notamment lorsqu’il pleut – et il pleut souvent ici – nous ne pouvons même pas parfois quitter la maison. Pour plaisanter je dis à Laura dans ces circonstances que je l’invite au chinois (je lui fais du riz frit avec des oignons)… Mais nous avons appris beaucoup également. Nous vendons mieux. Nous ne vendons plus sur la plage (surchargée d’autres vendeurs) mais avons maintenant un poste régulier devant un restaurant de la rue principale. Et ce que nous vendons nous permet de bien vivre. Les jours où nous avons le plus de succès (comme celui où nous avons vendu pour 104 Reales – 50 dollars – en seulement quelques heures, New World Record !!!), nous nous récompensons avec un kilo de crevettes géantes et succulentes que nous préparons avec un petit peu d’ail et de beurre ! Miam, miam ! Et pour presque trois fois rien !
La vie n’est pas dénuée de stress non plus puisque nous sommes 24 heures sur 24 ensemble. Laura est une personne formidable, mais il n’empêche que c’est une Latina, avec un caractère de Latina. Ne lui dites pas que j’ai dit ça, ou je me prends une fessée !
Mais la vie suit son cours ici à Pipa. Nous sommes heureux, avons appris de nouvelles techniques de macramé et je suis devenu un expert en la matière. J’ai même fabriqué un petit sac de macramé que j’ai du mal à vouloir vendre (plus de 30 heures de travail pour cette petite chose…) ! Laura, de son côté, confectionne des colliers et boucles d’oreilles magnifiques, avec des perles et graines locales. Et nous vendons, oui, nous vendons. Suffisamment pour être heureux. Reste à voir si cela sera suffisant pour continuer notre voyage sans utiliser les restes de nos petites provisions bancaires.
Quoi qu’il en soit, ce que nous faisons nous plait et nous nous professionnalisons. Notre ‘stand’ est maintenant plus beau qu’avant, avec du tissus brillant et des produits de plus en plus jolis que nous vendons de plus en plus chers au fur et à mesure que la saison haute arrive, et avec elle des touristes français, espagnols, argentins, hollandais etc.…
Presque chaque jour donc, nous nous rendons de notre maison jusqu’au centre-ville. Une marche de quinze minutes, chargés comme des mules, avec nos tubes de bracelets et notre cadre de colliers. Nous ne travaillons que la journée. Trop compliqué le soir, lorsque d’autres vendeurs débarquent et que des agents municipaux nous demandent de tout emballer ou ils emballent tout… Pas facile non plus d’avoir un poste fixe avec suffisamment de lumière sans importuner les commerçants locaux.
Au départ nous avions un petit stand dans un marché couvert local le soir, mais après une dizaine de jours, ils nous ont demandé de ne plus venir – sûrement parce que nous vendions mieux qu’eux et que nous parlions trois langues de plus, un avantage qui encore aujourd’hui nous permet de manger… C’est chacun pour soi dans le monde des artisans, mais chaque fois qu’il y a un problème, une solution fait surface.
Et notre premier mois à Pipa est passé à une vitesse éclair. Il nous a fallu retourner à Natal deux fois. La première fois pour acheter des rouleaux de fil et des perles et la seconde pour renouveler mon visa qui n’était valable que deux mois. Chaque voyage à ‘la grande ville’ fut difficile financièrement et moralement. Beaucoup de bruits, de mouvements, de gens… Nous nous sommes habitués à la tranquillité de notre petite maison, au bout du chemin de sable (de boue lorsqu’il pleut), au calme de la plage, à notre petite routine au soleil…
Hier soir nous avons même eu notre premier invité dans notre petite maison presque finie (sans compter les araignées, mouches, moustiques, cafards, et autres insectes volants et rampants qui entrent sans invitation) : Luc, journaliste montpelliérain à France Télévision et de passage à Pipa pour quelques jours. Nous l’avions rencontré en ville la veille, et partageons notre kilo de crevettes hebdomadaire et quelques caipirinhas.
Nous renouvelons donc d’un mois notre séjour ici, espérant que nous réussirons à rassembler de quoi payer un mois de loyer supplémentaire et également de quoi prolonger notre voyage vers de nouvelles destinations…

21/07/2009


Rassembler de quoi payer un mois de loyer supplémentaire s’est avèré mission presque impossible… Malgré nos efforts, les ventes ne grimpent pas. Nous nous postons chaque jour devant notre petit restaurant habituel mais ne réussissons à gagner que de quoi manger. Nous insistons, nous acharnons… sans succès.
Il nous paraît clair que Pipa n’est pas l’endroit idéal pour rassembler de quoi prolonger notre voyage… sans parler du loyer ! La saison haute n’arrive pas. Au contraire, Pipa se vide de jour en jour…
Nous prenons donc la décision de partir, dès que possible, nous accordons une journée libre sur la plage magnifique de Praia do Amor, d’où nous admirons une famille de dauphins qui nous livre un show spectaculaire de vrilles. Ce jour-là, je le passe principalement dans l’eau, à essayer de les voir de plus près, voire même de les toucher ! Quand finalement, après des heures de nage, l’un d’eux me frôle le ventre sous l’eau avant d’effectuer un saut périlleux à seulement quelques centimètres de ma tête ! Journée remplie d’émotions. Journée relaxe, sans penser à nos bracelets, nos colliers, sans penser à notre petit budget…
Sans vraiment d’autres alternatives, nous nous préparons à quitter Praia da Pipa et planifions le reste de notre voyage. Le visa de tourisme de Laura expire dans moins de deux semaines. Tôt ou tard il nous faudra quitter le Brésil. La Bolivie semble être la meilleure solution : pas de plage certes, mais la vie y est beaucoup moins chère…
Une semaine plus tard, et avec quelques reales brésiliens de plus, nous reprenons enfin la route… Merci d’ailleurs aux français (nos principaux clients) sans qui nous n’aurions sûrement pas pu réaliser cela ! Vive la France ! Vivent les bracelets brésiliens de toutes les couleurs ! Et vivent les grosses crevettes ! Vive nôtre petite maison au bout du petit chemin de boue ! Ciao Pipa et que reprenne la musique du voyage !
Direction Recife, toujours sur la côte, plus au sud…
06/08/2009

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